L’orthothérapie : la bouée de sauvetage des muscles stressés — Académie de Massage Scientifique
Épisode 8_L'orthothérapie: la bouée de sauvetage des muscles stressés

L’orthothérapie : la bouée de sauvetage des muscles stressés

Bienfaits du massage
19 juin 2019

Tout le monde est stressé! Effectivement, le stress est inévitable, tout autant que les échecs de Will E. Coyote à capturer le Road Runner.

Muscles et Stress

Mais qu’est-ce que le stress? Si la musculature représente le champ d’action de l’orthothérapeute, y a-t-il un lien entre le stress et les muscles? Peut-on, en tant qu’orthothérapeute, efficacement contrecarrer les effets du stress chez nos clients?

 

Qu’est-ce que le stress?

Le stress, c’est l’agent provocateur, l’élément déclencheur. Selon Larousse, le stress est « un état réactionnel de l’organisme soumis à une agression brusque ». Mots clés : réaction et agression. On associe souvent stress et anxiété. Oui. Cependant, le stress, c’est bien plus que ça.

Je t’explique : n’importe quelle variable interne ou externe qui modifie ton homéostasie, et oblige ton corps à déployer ses mécanismes afin de se rééquilibrer, représente un stress.

Le changement de température? Stress.
L’exercice? Stress.
Manquer de sommeil? Stress.
Carburer au café? Stress.
Toute émotion? Stress.

… et cette liste s’allonge comme un rouleau de papier de toilette dégringolant les escaliers de l’oratoire Saint-Joseph.

Cela dit, tout stress engendre inévitablement une réponse physiologique. Comme toute bonne analyse en orthothérapie, déployons une approche en entonnoir, de générale à précise. Débutons nos analyses là où le petit hamster s’emballe dans sa roulette et prend des décisions sans consulter son hôte: c’est-à-dire le système nerveux autonome.

 

Sympathique vs parasympathique

Le système nerveux autonome contrôle les aspects inconscients de ton corps. Il est composé de deux éléments en équilibre.

  1. Le système parasympathique : il maintient le corps en temps de paix. Grosso modo, il assure la digestion, l’accumulation de ressources, le processus de guérison, la procréation, etc. Bref, construire et réparer.
  2. Le système sympathique : il mobilise les ressources du corps en temps de guerre, c’est-à-dire lorsqu’il doit combattre une crise ou une agression. Bref, survivre.

Imaginons ces deux systèmes sur une balance. Plus le corps priorise un côté de cette balance et plus il délaisse l’autre.

Stress et Muscles

Par exemple, lorsque tu mobilises ton système immunitaire pour combattre un rhume, ton système parasympathique aura moins de facilité et de rapidité à assurer ses tâches. Ou encore, lorsque tu es en train de digérer un gros steak, la langueur ressentie, c’est-à-dire le manque d’énergie et la fatigue, ne prédispose pas ton système sympathique à efficacement répondre à une agression.

Étonnamment, le stress a tendance à sournoisement déposer des enclumes du côté du système sympathique de la balance, et donc à négliger le système parasympathique.

Et comment le corps s’adapte-t-il au stress?

 

Les phases générales d’adaptation au stress

Notre corps s’adapte selon différentes phases.

1. La phase d’alerte : c’est une guerre éclair. Les mécanismes se mobilisent après une déstabilisation momentanée pour effectuer efficacement et ponctuellement leur mission. Si tout se passe comme prévu, tout le monde revient à la maison pour l’heure du souper.

Imagine le scénario suivant : tu nages en plein océan. Tu t’es trempé le gros orteil, rafraichi et dégourdi légèrement. Satisfait, tu remontes dans ton embarcation. Fin de l’événement.

2. La phase de résistance : c’est la guerre de tranchées ou un siège d’une fortification. Tout devient une question de ressources et de logistique.

Deuxième scénario : ton embarcation coule. Puisque tu ne peux revenir au sec, ton but est de garder la tête hors de l’eau. Pas trop difficile, mais combien de temps peux-tu persévérer?

3. La phase d’épuisement : ce que j’appelle le « crash n’ burn ».

Éventuellement, la faim et la fatigue s’installent et tu oublies pourquoi tu nageais en plein océan en premier lieu. Ce n’est qu’une question de temps avant que le château de cartes s’effondre. Ajoute une tempête à l’équation et maintien une enclume dans tes mains. Disons que la situation n’inspire pas l’optimisme…

Avec l’inévitabilité du stress, le corps en phase d’alerte hurle pour mobiliser des mécanismes à chaque fois qu’une variable déstabilise ou agresse l’homéostasie. Et c’est une excellente chose. Le déploiement de ces mécanismes assure que les engrenages demeurent bien huilés et qu’ils puissent accomplir leur travail.

Cependant, ce processus est extrêmement énergivore.

Et si la crise perdure?

Le corps change de tactique : il résistera aux changements apportés à son homéostasie. C’est la phase de résistance. C’est ici qu’apparaissent les compensations, les cercles vicieux et une propagation des problèmes, et ce, même si l’élément agresseur original s’est sauvé par la fenêtre.

Éventuellement, à force de résister, les mécanismes épuisés s’effondrent. Arrive donc la phase d’épuisement. Les maillons faibles ou vulnérables cèdent habituellement en premier.

Vient ensuite l’effet domino où les problèmes s’empilent comme un jeu de Tetris avec beaucoup trop de caféine. C’est habituellement à ce moment que tu te demandes perplexe: « c’est bizarre… j’ai mal partout et rien ne fonctionne. Pourtant, je n’ai rien fait de si pire que ça dernièrement… ».

Maintenant que l’on comprend les différentes phases du stress, quels sont les acteurs qui entrent en jeu dans ce processus?

 

Stress, système sympathique et hormones

La noradrénaline : sur la ligne de front

La noradrénaline est le neurotransmetteur principal du système nerveux sympathique.

Notre système de communication nécessite davantage de messagers en situation de crise. C’est donc la raison pour laquelle la production de noradrénaline augmente lorsque ce système est sollicité. Elle se place donc en première ligne dans la phase d’alerte. Toutefois, ses effets sont aussi temporaires que ladite phase. Ils s’estomperont promptement avec le retour à l’homéostasie.

Muscles et Stress

Le cortisol : le renfort

Cependant, si le stress éternise son séjour, le cortisol prendra la relève avec la phase de résistance. Par son effet glycogénique, cette hormone antistress et anti-inflammatoire contribuera grandement à pallier la pénurie énergétique. Observe les effets de cette « hormone du stress » :

  • Contrer les effets de l’insuline pour un effet glycogénique;
  • Favoriser l’ostéoporose en limitant la formation osseuse et l’absorption du calcium dans les intestins;
  • Inhiber la formation de collagène et diminue l’apport d’acides aminés aux muscles;
  • Dégrader la réponse inflammatoire et immunitaire;
  • Ralentir le processus de guérison;
  • Déstabiliser les cycles diurnes, favorisant l’insomnie;
  • Altérer la mémoire et les capacités cognitives;
  • Inhiber et amplifier au nombre ahurissant d’autres hormones.

 

Et, du côté des muscles, que se passe-t-il?

La phase d’alerte constitue un élément indispensable à une bonne santé musculaire. Encore une fois, c’est lorsque le corps subit un stress prolongé que la situation se corse.

Revenons sur les effets du stress chronique sous un angle musculaire La source d’énergie facilement accessible devient le glycogène : le sucre. Cette forme d’énergie explosive n’est pas vraiment adéquate pour les efforts à long terme. Ça part mal…

Moins de calcium implique une contraction musculaire chancelante. Moins de collagène signifie des ligaments, tendons et fascias vulnérables. En plus d’une éventuelle pénurie de ressources, les muscles sont déjà mal nourris. Et même s’ils détiennent les ressources nécessaires, le processus de guérison fait la tortue par une accumulation de plusieurs facteurs.

Par conséquent, quel est le mécanisme de défense d’un muscle stressé? Il augmente son tonus. En d’autres mots, il se contracte!

Un tonus musculaire chroniquement plus élevé augmente le stress mécanique qu’il subit. Cela sabote le pompage contraction-relâchement nécessaire à sa saine alimentation. Et BAM! Le cercle vicieux s’emballe.

Pas une bonne recette…

 

Stress et mouvement respiratoire

Et quels muscles seront touchés en premier?

Outre l’augmentation générale du tonus musculaire, le stress influence directement le mouvement respiratoire. Le système sympathique exige davantage d’entrée d’air maintenant… immédiatement… hier. Et puisque le diaphragme ne pompe pas assez rapidement à notre goût, le mouvement respiratoire abdominal sera délaissé pour le mouvement respiratoire thoracique, qui est davantage explosif.

Aimes-tu les listes? Moi, j’aime les listes. Voici tes muscles qui se déchaîneront à pomper de l’air:

  • Les scalènes;
  • Le sternocléidomastoïdien;
  • Les intercostaux;
  • Les grand et petit pectoraux;
  • Les petits dentelés;
  • Le grand dentelé;
  • L’iliocostal.

Puisque le monde stressé hisse fréquemment les épaules vers les oreilles, on peut ajouter l’élévateur de l’omoplate à cette liste et tu détiens une énumération simplifiée d’incontournables.

Malheureusement, les membres de ce gang demeurent des muscles respiratoires accessoires, c’est-à-dire qu’ils sont conçus pour aider l’effort respiratoire plutôt que de le déployer. Lorsque tu es stressé, ces muscles engouffrent leurs ressources au rythme qu’un comptable consomme du café dans le temps des impôts.

De plus, ils sont exténués, récupèrent exécrablement, et tu leur exiges une tâche additionnelle pour laquelle ils ne sont pas conçus. Ne te surprends pas s’ils donnent rapidement leur démission.

 

Stress et adaptation posturale : quel est le rôle de l’orthothérapeute dans tout cela?

Cela dit, le muscle stressé essaiera de souffler un peu. Comment s’y prend-il?

Un muscle stressé tentera de rapprocher ses insertions pour se donner du « lousse » dans l’objectif de réduire le stress mécanique qu’il subit. Bref, l’alignement s’adaptera aux tensions excessives.

En gardant en tête la liste de muscles respiratoires, à quoi ressemble quelqu’un de stressé?

  • Une protraction cervicale, soit un centre de gravité crânien déséquilibré vers l’avant;
  • Des épaules en rotation interne (et fort probablement élevés);
  • Le combo hypercyphose, affaissement de la cage thoracique et abduction des omoplates.

C’est ce que j’appelle le « package deal ».

Pour reprendre l’image de l’océan et des phases du stress, si tu nages pendant une tempête, l’orthothérapie jouera donc le rôle d’une bouée.

En œuvrant sur les tensions musculaires des muscles profonds de respiration et de posture, l’orthothérapeute contribue à briser les cercles vicieux présents dans les phases de résistance ou d’épuisement. Il permet au corps de souffler un peu, reprendre ses esprits et son équilibre afin de mieux pouvoir affronter peu importe ce qui le stressait en premier lieu.

Voyez les sages paroles de Jet Li dans Forbidden Kindgom :

«We’re not going to make it, are we? What if I can’t handle it? What if I freeze?
– Don’t forget to breathe.»

On ne va pas s’en sortir, n’est-ce pas? Et si je ne peux pas le supporter? Et si je fige?
– N’oublie pas de respirer.»)

 

 

Philippe-Olivier Jasmin, collaborateur AMS
Orthothérapeute clinicien MQ, il œuvre depuis 2007 en clinique multidisciplinaire et en clinique médicale privée. Il est également superviseur-coach d’orthothérapie au campus de Montréal de l’AMS.

Mais qui est Philippe-Olivier Jasmin? Une partie rêveuse, un soupçon de zèle et de perfectionnisme, beaucoup de zen, des esprits de guerriers et de philosophes, et juste assez de sarcasme et d’humour. Partez le malaxeur. Bam! On a un P-O.

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