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text neck

Tenir tête au « text neck »

Techniques
20 novembre 2018

Cinq heures du matin. J’abandonne le doux havre de mon lit pour effectuer le rituel sacré quotidien de subsistance à Tom et Rose. Une douche plus tard, je lis mes courriels, les nouvelles mondiales et les récentes discussions entre collègues, café et déjeuner à la main, téléphone dans l’autre. Je quitte ensuite mon antre pour partir à l’aventure jusqu’à l’Académie. Que fais-je en patientant dans le train ? Je poursuis mes lectures précédentes ou les échanges pour un livre qui détient ma faveur. Dans le métro, je lis. Sur mon heure de dîner à l’Académie ? Je lis. Pendant mon souper et le temps entre mon cours du jour et celui de soir ? Je lis. Et finalement, pendant l’entièreté du transit inverse pour retourner chez moi ? Je lis.

Dix-sept heures se sont écoulées durant ce parcours boomerang. De celles-ci, six heures ont été dédiées à la lecture, mon attention rivée vers le bas pendant que mes yeux déchiffrent des gribouillis sur un écran ou du papier. C’est un peu plus qu’un tiers de cette journée.

Voici l’exemple typique d’une prédisposition au text neck.

Hmmm… C’est quoi un text neck ?

 

Symptômes du text neck

Vous éprouvez des douleurs au cou après avoir passé un peu trop de temps à lire sur un téléphone ou une tablette ? Bam ! Text neck. Ça ressemble à des:
• Douleurs pouvant s’étendre de la base du crâne pour descendre le long du cou jusqu’entre les omoplates ;
• Douleurs à la jonction cervico-thoracique, où le cou rejoint le dos ;
Maux de tête et quelques fois des nausées et des étourdissements ;
• Douleurs irradiant dans les épaules ;
• Douleurs diffuses ou des engourdissements, picotements ou fourmillements dans les bras.

Toutefois, tout ceci demeure nébuleux. Aucun de ces symptômes n’est ni exclusif au text neck, ni suffisamment précis pour être réellement constructif. Si observer à quoi ça ressemble ne nous avance point, penchons-nous sur son mécanisme.

 

Mécanismes d’un text neck

Contrairement à ce qu’indique son nom, la problématique n’est aucunement exclusive aux téléphones et aux tablettes. Elle affectera plutôt n’importe quel individu portant son attention vers le bas sur une longue période de temps. Vous êtes un massothérapeute qui travaille la tête penchée vers votre client reposant sur votre table ? Vous travaillez en laboratoire ou aimez bricoler ? Ou vous lisez dans le métro, votre livre plaqué contre vous ? Le text neck ne discrimine point.

En effet, la problématique exhibe des mécanismes identiques aux premières étapes d’une protraction cervicale : toutes deux maintiendront une flexion cervicale. Cependant, le text neck conservera notre attention vers le plancher des vaches alors que la protraction ajoutera une extension de la tête afin de niveler le regard avec l’horizon.

Toutes deux problématiques impliquent donc un combat acharné contre la gravité.

 

Combattre la gravité

Faisons de la science ! Soulevez un gros sac de patates bien plein. Plaquez-le confortablement contre vous. Combien de temps pensez-vous pouvoir le soutenir ainsi ? Une minute ? Une heure ? Toute une journée ? Probablement un méchant bout. Prenez le même sac de patates et tenez-le à bout de bras comme le truc le plus dégoûtant existant dans l’univers. Combien de temps tiendrez-vous ? Partez un chrono. Les chances augurent que ça ne durera pas très longtemps. Vous venez de ressentir ce que subissent vos muscles cervicaux lorsque vous penchez la tête vers l’avant sur une longue période de temps.

En fait, une tête pèse en moyenne dix à douze livres. Plus elle s’éloigne de l’axe central du corps, plus on penche vers l’avant, et plus elle devient lourde. À quel point ? Il suffit d’une flexion de quinze degrés pour que la force appliquée au cou passe de dix/douze livres à vingt-sept livres. C’est plus du double ! Trente degrés ? Quarante livres ! Soixante degrés ? Soixante livres ! Ça implique cinq/six fois la force normalement endurée par le cou pour soutenir la tête ! Le même poids que 181 bananes, quatre boules de bowling ou 39 iPad ! C’est ahurissant !

De plus, le phénomène présentera un circuit ouvert : le corps générera ses forces d’une position désavantageuse, le condamnant à déployer des mécanismes compensatoires afin d’assurer sa fonctionnalité. Le processus se veut non seulement inefficace et énergivore, mais consiste en une bombe à retardement.

Maintenant que nous comprenons le phénomène, revenons à nos symptômes plus haut.

 

Comprendre les symptômes du text neck

Les douleurs pouvant aller de la base du crâne jusqu’entre les omoplates proviendront de vos extenseurs cervicaux. Ce sont les pauvres muscles qui agiront comme frein pour combattre la gravité dès les premiers degrés de flexion. Qui sont ces vaillants guerriers ?
• Le splénius de la tête ;
• Le longissimus de la tête ;
• Le semi-épineux de la tête.

Déjà, le symptôme fait bien du sens puisque ces muscles présentent des insertions crâniennes allant jusqu’entre les omoplates. Si la flexion s’accentue, d’autres muscles paravertébraux se mêleront de la partie :
• Le splénius du cou ;
• Les petits paravertébraux (multifides, rotateurs, intertransversaires et interépineux)

Également, c’est approximativement ici que le corps réalisera qu’employer la musculature profonde stabilisatrice ne semble pas suffire. L’élévateur de l’omoplate arrivera à la rescousse. Tout à coup, les symptômes se dirigent vers les épaules. Cependant, cette charmante tentative s’avérera habituellement vaine puisque les épaules consistent en une fondation plutôt médiocre. Si la flexion continue de descendre, d’autres muscles entreront dans l’équation :
• L’ilio-costal du cou ;
• Le longissimus du cou ;
• Le semi-épineux du cou.

Et voilà ! Tous nos extenseurs cervicaux se trouvent impliqués, prisonnier d’une contraction excentrique en position d’étirement contre la gravité.

Effectivement, notre musculature n’est aucunement conçue pour maintenir une contraction isométrique, sans mouvement. Un cercle vicieux s’infiltre dans l’équation. Ces muscles continuellement crispés ne peuvent convenablement s’irriguer par leur traditionnel pompage, l’alternance entre contraction et relâchement. Inadéquatement nourris, ils s’épuisent plus rapidement et récupèrent moins. Ils doivent alors travailler plus fort pour engendrer un même résultat. Encore plus de contractions maintenues signifient encore moins de pompage… et le carrousel s’emballe.

 

Évolutions et complications

Éventuellement, le corps jette l’éponge. Quand il réalise qu’il perd le combat contre la gravité, il manifestera une fibrose afin de solidifier la jonction du cou au dos. D’une certaine manière, il coulera le segment cervico-thoracique dans le béton afin de s’assurer que le cou ne se « déracine » pas. Ce phénomène peut évoluer vers la fameuse bosse de bison.

Pour continuer notre liste de symptômes :
• L’apparition de maux de tête provient généralement de la mauvaise humeur subite par les tendons s’insérant au crâne ou d’un pincement du nerf occipital (C2) ;
• Une compression de l’artère cervicale pourrait entraîner le classique trio de maux de tête, nausées et étourdissements ;
• Un pincement nerveux s’établissant dans la moitié inférieure du cou affectera le plexus brachial. Les symptômes s’aventureront alors dans un ou les deux bras ;
• La flexion cervicale positionnera plus verticalement les muscles scalènes et sterno-cléido-mastoïdiens. Une déprogrammation du mouvement respiratoire favorisant une inspiration thoracique superficielle s’installe, particulièrement si vous laissez votre cage thoracique se replier sur elle-même ;
• La constante pression antérieure appliquée aux disques intervertébraux consiste en une superbe prédisposition à la hernie discale ;
• Finalement, le cou peut éventuellement être incapable de se redresser par lui-même, réalisant pleinement la protraction cervicale.

Wow… bien des problèmes découlant d’une activité aux apparences inoffensives. Et la question qui brûle sur toutes les lèvres…

 

Comment tenir tête au text neck

Super simple ! Enrayons le problème à sa source :
• Évidemment, penchez-vous moins ;
• Prenez des pauses pour faire bouger votre cou ;
• Effectuez la flexion au niveau des hanches plutôt qu’au cou. Assis, penchez-vous vers l’avant en conservant le dos droit et en appuyant vos coudes sur vos genoux. Déléguer la tâche de combattre la gravité aux muscles de votre dos plutôt qu’à ceux de votre cou demeure bien plus adéquat. De plus, les structures cervicales seront convenablement positionnées afin d’effectuer leur part du travail ;
• Levez les bras pour soulever l’objet de votre attention à la hauteur des yeux. Bref, au lieu d’amener vos yeux vers votre intérêt, amenez votre intérêt à vos yeux.

Un homme brillant a un jour lancé : « Quelqu’un d’intelligent résout des problèmes ; quelqu’un de sage les évite ». Votre orthothérapeute préféré se fera un vilain plaisir à répandre la bonne humeur à vos muscles cervicaux exténués pendant que vous travaillez à éliminer le facteur aggravant causatif : s’entêter à pencher la tête pendant plusieurs heures par jour.

 

Philippe-Olivier Jasmin, collaborateur AMS
Orthothérapeute clinicien MQ, il œuvre depuis 2007 en clinique multidisciplinaire et en clinique médicale privée. Il est également superviseur-coach d’orthothérapie au campus de Montréal de l’AMS.

Mais qui est Philippe-Olivier Jasmin? Une partie rêveuse, un soupçon de zèle et de perfectionnisme, beaucoup de zen, des esprits de guerriers et de philosophes, et juste assez de sarcasme et d’humour. Partez le malaxeur. Bam! On a un P-O.

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