Mobilisation des muscles en massothérapie, pourquoi? — Académie de Massage Scientifique
Parole d'orthothérapeute : Mobilisation

Mobilisation des muscles en massothérapie, pourquoi?

Techniques
11 février 2020

Chaque session, on me demande d’aller rencontrer les étudiants de niveaux 1 et 2 pour leur jaser d’orthothérapie et de mobilisation. Ma visite inévitable survient habituellement vers la fin de la session, au moment même où ces petits poussins commencent à maîtriser les notions et les techniques qu’ils sont en train d’apprendre. Puis, je débarque comme le bonhomme Kool-aid en m’exclamant « Oh yeah! Wait! There’s more! ».

 

Bonhomme Kool-aid

 

Il n’est donc pas surprenant qu’à chaque visite un praticien en massothérapie lève timidement sa main pour oser poser les questions traversant l’esprit de tous ses collègues : « Oui, mais P-O, à quoi ça sert exactement les mobilisations? Qu’est-ce qu’elles peuvent apporter de plus à mon massage? »

Je lui réponds que mobiliser des muscles, c’est carrément faire de la magie! Et toi, veux-tu apprendre à faire de la magie? Oui? Alors, spécialement pour toi, je vais enfreindre le tabou de tout magicien. Je vais te révéler le secret derrière le tour.

Si une mobilisation est l’emploi du mouvement pour travailler un muscle visé, il convient de débuter notre exploration par l’amplitude.

 

Développer le concept d’amplitude

Fidèle à mon habitude, je te propose de faire un petit détour théorique avant d’en venir au cœur des explications. Ainsi, intéressons-nous d’abord à l’amplitude du mouvement (ou ROM pour « range of motion » en anglais), concept au cœur de la mobilisation.

L’amplitude du mouvement peut donc être illustrée comme suit :

Schéma mobilisation : amplitude mouvement

Schéma mobilisation : amplitude du mouvement

 

 

Six points captent probablement ton attention :

1. Le point neutre
Il correspond à la position anatomique… neutre, soit à la posture naturelle au repos où les forces appliquées sur le squelette sont égales.

2. L’amplitude physiologique
Essaye de fléchir ton poignet pour tenter de toucher à ton avant-bras. Remarques-tu jusqu’où tu te rends? Voilà, il s’agit là d’amplitude physiologique! Autrement dit, c’est jusqu’où ta musculature et ton système nerveux laissent s’aventurer ton articulation.

3. L’amplitude anatomique
Elle représente l’ultime frontière, à la limite où tes ligaments et ta capsule articulaire se cramponnent désespérément à bout de bras (un peu comme mon bouton de pantalon après le temps des fêtes…). Si tu franchis cette limite, tu risques de faire connaissance avec l’entorse ou la dislocation.

4. L’amplitude élastique
Elle est décrite comme la zone entre les amplitudes physiologiques et anatomiques. C’est donc cette zone où les structures limitant le mouvement articulaire seront progressivement tendues jusqu’au maximum anatomiquement parlant.

5. L’amplitude pathologique
L’amplitude physiologique de ton articulation peut être limitée par de la douleur, des tensions musculaires, des adhérences tissulaires, de l’inflammation, une dysfonction articulaire, etc. On parlera donc d’amplitude pathologique pour décrire l’amplitude physiologique réduite due à une problématique quelconque empêchant l’utilisation normale et adéquate de l’articulation.

6. Le point pathologique neutre
Naturellement, ton point neutre peut migrer en fonction d’une problématique ou d’une prédisposition quelconque. On parlera alors de point pathologique neutre. Tu n’as qu’à zyeuter quelqu’un avec les épaules en rotation interne. Son point neutre ne repose clairement pas au même endroit que celui de quelqu’un avec les épaules saines.

 

Le point neutre et le point pathologique neutre

Le point neutre et le point pathologique neutre

 

 

Les grades de mobilisation de Maitland

L’orthopédie et les thérapies manuelles emploient plusieurs systèmes de classification des mobilisations pouvant être effectuées par des professionnels.

Observe les populaires grades de Maitland, concept proposé par le physiothérapeute australien du même nom, constituant justement l’un de ces systèmes :

Grade I
Une petite amplitude de mouvement se rendant au tout début de l’amplitude physiologique.

Grade II
Une grande amplitude de mouvement permettant de s’aventurer en plein milieu de l’amplitude physiologique, sans atteindre la barrière pathologique.

Grade III
Une grande amplitude de mouvement s’appuyant sur la barrière pathologique pour doucement se faufiler dans la dysfonction.

Grade IV
Une petite amplitude de mouvement s’aventurant loin dans la dysfonction, à l’extrémité de la résistance tissulaire.

Grade V
Une petite amplitude de mouvement avec une haute vélocité à la toute fin de l’amplitude anatomique.

 

C’est dans ce grade V que se retrouve la manipulation à impulsion, soit le HVLA (high velocity, low amplitude), le « thrust » , c’est-à-dire le petit mouvement rapide de la chiropratique ou de la physiothérapie. La manipulation constitue d’ailleurs un acte réservé à ces deux professions. Elle est donc, pour nous, un « no man’s land ». Autrement dit, si tu ne veux pas couler ton cours d’orthothérapie, tiens-toi loin de ce type de mobilisation. De toute façon, le terrain de jeu des Grades I à IV est assez grand pour s’amuser amplement et atteindre nos objectifs musculaires!

Bref, tu comprends que le type de mobilisation est déterminé par jusqu’où tu t’aventures dans le mouvement.

Tu n’es pas sûr de comprendre? Ça te semble aussi clair que du mandarin? Permets-moi d’illustrer le tout à l’aide de notre précédente image :

 

Schéma : Les grades de Maitland

Schéma : Les grades de Maitland

 

 

Ça a plus de sens? Good! Maintenant que nos pions sont placés, reprenons nos fameuses questions de départ.

 

Oui, mais P-O, à quoi ça sert de mobiliser?

Dans ton cours de kinésithérapie, on te répète souvent que « la mobilisation vise à relâcher la musculature afin de rétablir ou augmenter l’amplitude. » Pour atteindre cet objectif avec un client, tu dois employer des mobilisations de grade III ou IV.

Plus précisément, appuies-toi sur sa barrière pathologique et déplaces la tranquillement vers son amplitude physiologique afin d’idéalement parvenir à réconcilier les deux. Autrement dit, tu mets progressivement le muscle problématique sous tension en l’étirant. Bref, l’idée est de le travailler en relâchement. Pour que l’articulation puisse se rendre où elle le devrait normalement, le muscle doit obligatoirement se relâcher afin de permettre le mouvement.

De plus, comme tout mouvement, la mobilisation agit sur le système circulatoire de ton client. L’alternance de compression-décompression effectue un excellent petit pompage liquidien. Additionnellement, le mouvement entraînera une décongestion de ses adhérences tissulaires, de ses fibroses et de ses grippages. Tu t’assures ainsi que la stagnation liquidienne de sa problématique ne se transforme pas en un marais de Dagobah.

Bref, grâce à ta mobilisation, tu stimules la circulation et tu élimines ce qui entrave le muscle. Ainsi, tu garantis que le processus de guérison et la réponse inflammatoire ne s’enfargent pas les pieds dans le tapis.

Finalement, la mobilisation agit sur le système nerveux. En stimulant la neuro-proprioception, tu attires l’attention du cerveau de ton client sur sa problématique et tu l’insiste à y rester plongé jusqu’à ce qu’il prenne une décision. Par le fait même, tu joues sur la schématisation corporelle de ton client. Aussi, le mouvement pacifiera les nocicepteurs, atténuant du même coup la douleur. C’est la spécialité des mobilisations de grade I et II comme les ébranlements et les oscillations.

Mais P-O… mon massage relâche déjà les muscles, décongestionne et travaille les systèmes circulatoire et nerveux. Alors…

 

Qu’est-ce que la mobilisation peut apporter de plus à mon massage?

La mobilisation détient en fait un principal avantage sur le massage : la profondeur.

Heureusement et malheureusement, le corps est apte à répartir le stress qu’il subit. Cela inclut aussi la pression. Chaque fois que tu désires travailler un muscle caché sous ses collègues, l’énergie que tu transmets est taxée par chaque muscle que tu dois traverser pour parvenir à chatouiller la bonne cible. Tu dois donc suer davantage pour qu’une même quantité d’énergie se rende à bon port.

À l’opposé, employer le mouvement avec les mobilisations assure que tu inclus toutes les fibres dans ton travail, peu importe la profondeur du muscle sur lequel tu désires œuvrer. Toutes les couches de muscles sont donc sollicitées. Je reformule : la profondeur n’est plus un problème dans ton équation.

Oui, la mobilisation est quelque peu redondante avec les effets de ton massage. Non, elle ne le remplacera pas. Mais, pourquoi ne pas combiner les deux?

Masse le muscle de ton client. Pétris-le. Ensuite, place tes pions et prépare ton terrain. Et quand tu es prêt… bam! Achève-le avec une mobilisation! Pas de pitié!

Encore mieux : saupoudre ça d’amplificateurs comme la respiration, le relâchement post-isométrique, l’inhibition réciproque, le pin and stretch ou le flossing… Now we’re talking!

Bref, tu veux faire de la magie? Alors, emploie l’outil adéquat qui te permettra d’atteindre efficacement ton objectif en déployant le moins d’énergie possible.

Brain over brawn! L’intelligence plutôt que la force!

C’est pour ça que nous mobilisons.

 

 

Philippe-Olivier Jasmin, collaborateur AMS
Orthothérapeute clinicien MQ, il œuvre depuis 2007 en clinique multidisciplinaire et en clinique médicale privée. Il est également superviseur-coach d’orthothérapie au campus de Montréal de l’AMS.

Mais qui est Philippe-Olivier Jasmin? Une partie rêveuse, un soupçon de zèle et de perfectionnisme, beaucoup de zen, des esprits de guerriers et de philosophes, et juste assez de sarcasme et d’humour. Partez le malaxeur. Bam! On a un P-O.

 

 

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